La nuit, Genève change d’habitants |
Renards, chauves-souris, hérissons : quand nous rentrons chez nous, une autre ville se réveille |

À 21 heures, Genève commence doucement à changer de visage. Les terrasses se vident. Les promeneurs rentrent. Les jardins deviennent silencieux. Les fenêtres s’allument une à une. Et dehors, une autre ville commence sa journée.
Un hérisson avance sous une haie. Une pipistrelle tourne autour d’un arbre. Un renard traverse tranquillement une rue résidentielle avant de disparaître entre deux propriétés. Ils ne sont ni visiteurs ni intrus.
Ils habitent Genève, eux aussi. Et ils sont beaucoup plus nombreux qu’on ne l’imagine : pas moins de 273 espèces caractérisent la faune urbaine genevoise, dont environ un cinquième sont menacées. La ville, malgré ses routes et ses bâtiments, peut donc accueillir une biodiversité remarquable lorsqu’elle conserve suffisamment de jardins, d’arbres, de cours d’eau et de passages entre les espaces naturels.
Voici quelques-uns de ceux que l’on peut croiser lorsque Genève passe en mode nuit. 21 h : Les chauves-souris prennent le relais
Le jour décline, les derniers oiseaux se font plus discrets. Puis une petite silhouette fend brusquement le ciel. Une seconde apparaît. Les chauves-souris sont là.
Dans le canton de Genève, on peut observer jusqu’à 26 espèces de chauves-souris. Certaines passent la journée dans des arbres creux, derrière des volets ou dans les charpentes avant de partir chasser les insectes à la tombée de la nuit. Quelques espèces, notamment certaines pipistrelles, se sont adaptées à l’environnement urbain et peuvent chasser autour des lampadaires.
Mais cette capacité d’adaptation ne doit pas masquer un problème : la lumière artificielle transforme profondément leur territoire. L’État de Genève estime que l’éclairage extérieur de notre région a été multiplié par deux en trente ans. Pour de nombreux animaux nocturnes, cette lumière agit comme une véritable barrière : leurs habitats deviennent fragmentés et certains déplacements sont rendus plus difficiles. Les chauves-souris figurent parmi les espèces concernées. Si vous en croisez uneLe meilleur réflexe est souvent le plus simple : observer sans éclairer directement l’animal et sans chercher à l’approcher. Et dans un jardin ou sur une terrasse, éteindre les éclairages inutiles pendant la nuit peut déjà faire une différence.
22 h : Le hérisson commence sa tournée
Lui ne vole pas. Il avance lentement, museau au sol, entre une haie et un massif. Le hérisson européen est essentiellement nocturne. Les jardins et les quartiers résidentiels peuvent lui offrir nourriture et refuge — à condition qu’il puisse réellement circuler entre les parcelles. Car son problème n’est pas seulement de trouver un jardin accueillant. Il faut encore pouvoir passer au jardin suivant.
Grillages hermétiques, filets, bassins, piscines et routes transforment facilement son territoire en parcours d’obstacles. Les tondeuses et débroussailleuses figurent également parmi les dangers identifiés par le Canton.
Et les robots-tondeuses méritent une vigilance particulière : l’État de Genève rappelle qu’ils peuvent blesser gravement de petits animaux, notamment de jeunes hérissons. Le geste qui change vraiment les choses: Créer une petite ouverture au bas d’une clôture peut permettre au hérisson de passer d’un jardin à l’autre.
Les fiches de la Charte des jardins genevoise consacrent d’ailleurs un volet entier aux « passages à hérissons & Cie », ainsi qu’à l’éclairage, aux piscines et aux pratiques de tonte favorables à la biodiversité.
Petite curiosité très genevoise : depuis 2024, le Grand-Saconnex possède même officiellement un chemin des Hérissons, dont le nom rappelle la présence de l’animal dans les jardins du secteur. 23 h : Le renard descend en ville
Une silhouette rousse traverse la route. Elle s’arrête une seconde. Elle vous regarde. Puis disparaît.
À Genève, la scène n’a rien d’exceptionnel. Le renard est largement répandu dans le canton et s’est remarquablement adapté à l’environnement construit. Il peut vivre à proximité immédiate des habitations et sa présence en ville ne signifie pas automatiquement qu’il existe un problème. Même voir un renard en plein jour dans un jardin genevois n’est pas considéré par le Canton comme un comportement suffisamment inhabituel pour devoir être signalé aux autorités.
Ce qui surprend parfois davantage, c’est que les populations genevoises se régulent généralement elles-mêmes : les interventions sont rarement nécessaires.
Si vous en croisez un: Pas besoin de le chasser ni de s’en approcher pour une photo.La meilleure cohabitation consiste surtout à ne pas l’habituer à trouver de la nourriture auprès des humains, à ne pas laisser de déchets facilement accessibles et à garder une distance normale avec l’animal. Le renard n’est pas un animal domestique un peu plus aventureux. Il reste sauvage. Minuit : Les plus petits commencent leur travail
Ils sont beaucoup moins spectaculaires. Et pourtant, leur rôle est immense. Papillons nocturnes, coléoptères et autres insectes poursuivent leur activité pendant que la ville dort. L’État de Genève rappelle qu’une grande partie des pollinisateurs sont des insectes nocturnes. Eux aussi subissent directement les effets de la pollution lumineuse. Un lampadaire, une façade éclairée ou une terrasse illuminée toute la nuit peut sembler insignifiant à notre échelle. Pour un insecte, cette lumière peut modifier un déplacement, attirer inutilement pendant des heures ou interrompre un comportement naturel.
C’est pourquoi la question de la « trame noire » prend progressivement autant d’importance que celle des corridors verts : il s’agit de préserver des continuités suffisamment sombres pour permettre aux espèces nocturnes de circuler. Et si notre meilleure aide était parfois de ne rien faire ?On associe souvent la protection de la nature à l’action. Planter. Installer. Construire un nichoir. Créer un refuge. Mais pour la faune nocturne, certains des gestes les plus efficaces consistent précisément à intervenir un peu moins. Éteindre une lampe extérieure inutile. Laisser quelques feuilles au pied d’une haie. Ne pas faire tourner un robot-tondeuse la nuit. Maintenir un passage entre deux jardins. Ne pas nourrir le renard qui revient derrière la maison. Observer une chauve-souris sans braquer une lampe sur elle.
Ce sont de petits gestes. Pourtant, mis bout à bout, ils dessinent exactement ce dont la faune urbaine a besoin : une ville où elle peut encore circuler, se cacher, se nourrir et vivre à nos côtés. 273 espèces, et autant de voisins que nous ne voyons presque jamais, la nuit genevoise n’est donc pas vide.Elle est simplement habitée autrement.
Derrière une haie du Grand-Saconnex, au-dessus d’un jardin de Saint-Jean, dans une rue résidentielle ou entre deux arbres d’un parc, une vie entière se déroule lorsque nous ne la regardons plus. Alors, la prochaine fois que vous rentrerez tard, ralentissez un peu. Pour aller plus loin🦊 Les animaux sauvages autour de nous — État de Genève 🦔 La Charte des jardins — gestes favorables à la biodiversité |

0 Comments
Join the conversation
Be the first to comment
Share your thoughts above.