À Genève, la chasse s’est arrêtée en 1974 |
Depuis plus de cinquante ans, le canton a choisi une autre manière de vivre avec sa faune sauvage |

En 1974, les Genevois ont voté l’interdiction de la chasse sur tout le territoire cantonal. Depuis, cerfs, chevreuils, sangliers, lièvres et oiseaux d’eau vivent dans un canton où la faune n’est plus gérée par des chasseurs, mais par l’État. Une particularité genevoise qui raconte beaucoup de notre rapport au vivant. À Genève, la chasse s’est arrêtée en 1974Il y a des particularités genevoises que l’on connaît immédiatement. Le Jet d’eau. Et puis il y en a d’autres, beaucoup plus discrètes.
Depuis 1974, Genève est un canton sans chasse.
Cette année-là, à la suite d’une initiative populaire lancée par les milieux de protection des animaux, les Genevois votent l’interdiction de la chasse sur l’ensemble du territoire cantonal. Plus de cinquante ans plus tard, cette décision continue de façonner la manière dont Genève cohabite avec ses animaux sauvages. Mais “sans chasse” ne signifie pas “sans gestion”. Et c’est précisément là que l’histoire devient intéressante. 1974 : Genève change de modèleAvant 1974, Genève connaissait, comme les autres cantons, une activité cynégétique classique. Puis intervient la votation populaire. Le choix est radical : la chasse est interdite sur tout le territoire du canton. À partir de là, la gestion de la faune ne disparaît pas. Elle change simplement de mains. Le rôle jusque-là largement assuré par les chasseurs passe progressivement sous la responsabilité de l’État, avec une logique différente : observer les populations, protéger les milieux, prévenir les dégâts et intervenir lorsque cela devient nécessaire. C’est encore aujourd’hui le principe genevois.
Et cinquante ans plus tard ?Le bilan présenté par le Canton est plutôt spectaculaire. Les oiseaux d’eauGenève constate une forte augmentation du nombre d’oiseaux hivernants et une grande richesse de canards sur le lac et les cours d’eau. Les lièvresLes densités de lièvres figurent parmi les plus élevées de Suisse. Les ongulésLe chevreuil est présent dans la plupart des massifs forestiers. Le cerf s’est installé et s’est développé dans le canton. Le sanglier y est également bien établi. Cette abondance contribue à quelque chose de très genevois : on peut observer une faune sauvage particulièrement riche à quelques kilomètres seulement du centre-ville. Mais cette proximité a aussi son revers.
Un canton sans chasse ne signifie pas un canton sans tirsC’est probablement la partie la plus méconnue du système genevois. Lorsque certaines populations deviennent trop importantes ou provoquent des dégâts importants, le Canton peut organiser des tirs de régulation. La différence est essentielle : ils ne sont pas pratiqués comme activité de loisir. Ils sont réalisés par les gardes de l’environnement, dans un cadre décidé par l’État et après examen de la situation. Cerfs et sangliers : la régulation continue en 2026Le sujet reste très actuel. En juin 2026, le Conseil d’État a décidé de reconduire la régulation de deux espèces.
Les cerfsDes tirs sont prévus dans les bois de Versoix et de Collex-Bossy, du 1er novembre 2026 au 31 janvier 2027. Cette décision intervient après une première campagne menée durant l’hiver 2025-2026. Selon le Canton, la population recensée est passée de 132 à 90 cerfs après ces interventions. Malgré cette baisse, la pression exercée sur les cultures et certains milieux forestiers reste jugée importante.
Les sangliersLe Conseil d’État a également renouvelé les tirs de régulation du 1er juillet 2026 au 30 juin 2028. L’objectif est de maintenir leurs effectifs à un niveau compatible avec les ressources disponibles dans les forêts et de limiter les dégâts aux cultures. Dans les deux cas, les opérations sont effectuées par les gardes de l’environnement.
Alors, quelle différence avec la chasse ?
Elle tient d’abord à la finalité. La chasse est une activité encadrée pratiquée par des particuliers titulaires d’un permis. À Genève, lorsqu’un animal doit être abattu, l’intervention relève d’une mission de gestion de la faune. Elle répond à un besoin identifié : dégâts agricoles, déséquilibre des populations ou pression trop importante sur certains milieux naturels. Le Canton rappelle d’ailleurs que les mesures de prévention — notamment les clôtures et protections des cultures — font partie intégrante de cette gestion et précèdent ou accompagnent les interventions. Autrement dit : le tir existe encore, mais il est devenu un outil parmi d’autres, et non une activité régulière pratiquée sur le territoire.
Le vrai défi : vivre avec une faune très procheGenève est un petit canton, fortement urbanisé et entouré de zones agricoles et forestières. Cela crée une proximité inhabituelle entre humains et animaux sauvages. Cerfs dans les bois de Versoix.
L’absence de chasse a contribué à créer un territoire où certains animaux sont relativement peu farouches vis-à-vis de l’homme. Cette proximité est fascinante. Mais elle oblige aussi à trouver un équilibre entre plusieurs intérêts :
C’est probablement là que le modèle genevois est le plus intéressant.
Une décision vieille de cinquante ans qui continue d’évoluerL’interdiction de la chasse à Genève pourrait sembler être une vieille particularité institutionnelle.
Elle est en réalité toujours très concrète.
Chaque fois que des cerfs deviennent trop nombreux dans un massif forestier, que des sangliers retournent des cultures ou qu’une population animale se développe rapidement, la même question revient : jusqu’où laisser faire la nature, et quand intervenir ?
Genève n’a pas supprimé cette question en supprimant la chasse. Elle a simplement choisi d’y répondre autrement.
Et c’est peut-être cela, la vraie singularité genevoiseIl est tentant d’imaginer un “canton sans chasse” comme un immense refuge où personne n’intervient jamais. La réalité est plus subtile.
Genève protège largement sa faune sauvage, mais accepte aussi de la réguler lorsque sa présence devient difficilement compatible avec l’agriculture, les forêts ou d’autres usages du territoire. Plus qu’une opposition entre “chasser” et “ne pas chasser”, le modèle genevois raconte donc une autre histoire : celle d’un canton qui a décidé que la gestion des animaux sauvages serait une responsabilité publique.
Et plus de cinquante ans après le vote de 1974, cette expérience continue.
Pour aller plus loin🦌 Genève, un canton sans chasse — État de Genève 🌿 Cohabiter avec la faune sauvage 🦌 Régulation des cerfs et des sangliers — décision du Conseil d’État du 10 juin 2026
... La prochaine fois que vous croisez un chevreuil, un cerf ou un sanglier à Genève, souvenez-vous : derrière cette rencontre se cache plus de cinquante ans d’une expérience unique de cohabitation avec la faune sauvage. |

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